11.07.2009

La physique quantique et la relation d'aide

Physique quantiqueAu fur à mesure que nous progressons dans notre compréhension du monde, nous nous apercevons que ce que nous avons appris à l’école ne correspond plus, ou presque plus, à ce que nous pensons être LA réalité. 
D’après la physique quantique, LA réalité n’est faite que d’ondes d’informations.  L’expérience de base qui a tout déclenché fut celle de la double fente, par Thomas Young (13 juin 1773-10 mai 1829). 

Young2En 1801, il fait passer un faisceau de lumière à travers deux fentes parallèles, et le projette sur un écran. La lumière est diffractée au passage des fentes et produit sur l'écran des franges d'interférence, c'est-à-dire une alternance de bandes éclairées et non-éclairées. Young en déduit la nature ondulatoire de la lumière.

Pour la comprendre, voyons d’abord comment des particules de lumière - des photons - agissent.  Un photon est une quantité infime de matière, comme une petite bille.  Envoyons un courant à travers une fente.  Il se forme alors une ligne de lumière sur le mur.  Si on envoie ces petites particules à travers deux fentes, on devrait donc avoir deux lignes. Or, surprise, on a plusieurs trait de lumière, ce qui s’avère être un modèle d’interférence !  On a envoyé des petites particules de matière, mais on a le modèle des ondes.  Pourquoi ?  Comment des particules de matière peuvent-elles former un modèle d’interférence ?  Ce n’est pas logique !

Mais les physiciens sont malins.  Ils ont pensé : les petites particules s’entrechoquent peut-être, ce qui créé ce modèle.  Alors ils ont décidé de les envoyer les unes après les autres devant les deux fentes.  Comme ça, elles ne peuvent pas s’entrechoquer.  Mais après une heure apparaît encore le même modèle d’interférence.  La conclusion est inéluctable : le photon part en particule, devient une onde de potentialités, traverse les deux fentes et interfère avec lui-même pour redevenir une particule en final.

Fente de Young 1

Mathématiquement, c’est plus bizarre encore.  Soit il traverse les deux fentes, soit il n’en traverse aucune, soit il traverse l’une ou l’autre.  Toutes ces possibilités coexistent. Les physiciens étaient perplexes.  Ils décidèrent donc de regarder à travers quelle fente le photon passe réellement. Ils placèrent un appareil de mesure pour savoir quelle fente il allait traverser. 

Fente de Young 2
Mais le monde quantique est plus mystérieux qu’ils ne le pensaient.  Tandis qu’ils l’observaient, le photon a repris le comportement d’une particule, formant un modèle de deux lignes et non un modèle d’interférence.  Le simple fait de mesurer ou d’observer le comportement du photon a fait qu’il n’a traversé qu’une seule fente au lieu des deux.  Le photon a décidé de modifier son comportement, comme s’il savait qu’il était observé.  C’est ainsi que les physiciens ont pénétré le monde des événements quantiques.  Qu’est-ce que la matière ?  Des particules ou des ondes ?  Et des ondes de quoi ?  Et quel est le lien avec l’observateur, qui a brisé la fonction de l’onde par le simple fait d’observer ?

oeil-horus_gEt donc...  Que se passe t-il dans la relation thérapeutique, alors que la personne cliente est intensément observée, écoutée par le thérapeute ?  Confusément, nous nous rendons compte que notre comportement diffère quand nous sommes observés.  Ce qui est clair, me semble t-il, c'est que l'observateur influence énormément ce qui est observé.  Ses intentions, son état physique et mental, sa disposition vis-à-vis de la personne cliente agissent tel l'effet Pygmalion expérimenté par Robert Rosenthal.  Souvent inconsciemment, il aura tendance à dire ce qu'il "sent" que le thérapeute veut entendre, et non ce qui provient profondément de lui.

Sans aller obligatoirement dans la relation thérapeutique, ne vivons-nous pas cela régulièrement dans la vie de tous les jours ?

 

16.05.2009

"Si tu veux vraiment connaître un homme, mets-le en position d'autorité." [Proverbe Yougoslave]

S’il y a une chose qui influence nos comportements d’humain, quelques soient les siècles et les cultures, c’est bien la notion d’autorité.  Ici comme ailleurs, aujourd’hui comme hier, elle se manifeste sous plein de formes différentes, nous marionnettisant souvent, nous étant utile parfois.

Si je viens avec ce thème aujourd’hui, c’est que je suis souvent interpellé par le fait que nous abandonnons régulièrement notre propre autorité, ce qui nous empêche de diriger notre existence dans le sens de nos envies.  Où que nous tournions le regard, nous voyons souvent, pour ne pas dire toujours, des figures d’autorité.  Alors, évidemment, comment s’y retrouver ?  Comment trouver la place, NOTRE place, pour manifester notre propre autorité ?

J’ai envie de catégoriser différents types d’autorité :

o   Il y a les autorités extérieures à nous-mêmes que nous ne pouvons pas éviter dans notre société occidentale, comme notre patron, le fisc, la police, les professeurs, le juge…

o   Il y a également ces autres autorités extérieures à nous-mêmes, qui le sont parce que nous les avons installés là, leur reconnaissant une compétence, un pouvoir, un statut que nous n’avons pas pu (ou voulu) acquérir.  Je pense notamment aux médecins, aux curés, aux conseillers juridiques, aux décideurs politiques, aux experts fiscaux,…

o   Enfin, il y a notre propre autorité, que l’on peut subdiviser en deux axes : l’autorité que nous avons sur l’autre (parce que parent, ou détendeur d’un statut d’autorité tel que ceux que je viens de citer), et notre autorité intérieure, celle qui nous fait nous sentir respectable et à respecter.

Je pense que tout le monde sera d’accord pour dire que notre capacité à nous ressentir “naturellement” dans notre autorité est grandement influencée par notre vie d’enfant, d’adolescent, de jeune adulte, par notre éducation, notre milieu social et culturel, par certains événements de vie.  La vie intra-utérine et comment se passe la naissance vont également nous prédisposer par rapport à l’autorité, que ce soit celle des autres ou la nôtre.

Donnons quelques exemples :

Un bébé est en train de naître lorsque soudain, le gynécologue arrête la progression du bébé pour effectuer un geste technique, destiné à faciliter le travail.  Par la suite, l’adulte que deviendra ce bébé pourrait très bien passer sa vie à demander l’autorisation d’une autorité extérieure pour tout ce qui concernera le fait d’aller de l’avant.

Un jeune enfant qui n’arrête pas d’entendre combien il est nul et qu’il n’arrivera jamais à rien a de grandes “chances” de devenir un adulte timoré, ayant une très faible estime de sa valeur.

Dans notre société actuelle, notre autorité intérieure est régulièrement confrontée à la manifestation des autres formes d’autorité.  Du résultat de cette confrontation découlent des ressentis et des comportements variés.  Bien sûr, il est important que des autorités empêchent chacun de faire tout et n’importe quoi.  Quand nous portons préjudice à autrui, il est effectvement important qu’une autre autorité que la nôtre intervienne pour nous arrêter.  On comprendra aisément combien la présence de la police est nécessaire.  Mais quand nous ne portons préjudice à personne, comment se fait-il que nous nous empêchons si souvent d’oser ?

Ainsi, par exemple, comment se sent-on quand on va à un entretien d’embauche ?  Nous savons que nous allons nous présenter, nous “vendre” devant des personnes qui sont des autorités dans l’institution où nous postulons.  Nous oublions alors trop souvent que “postuler” pour une place, c’est aussi offrir ses services, ses compétences à une institution qui en a besoin.  La question peut alors se poser différemment.  Suis-je intéressé de travailler dans cette institution ?

En fait, fort jeune, nous avons souvent appris à mettre notre autorité naturelle de côté.  C’était le prix à payer pour recevoir l’amour et l’attention dont nous avions besoin.  Et cela s’est inscrit en nous comme une véritable évidence de la vie.  Des lois intérieures s’installent comme autant de principes indéracinables tels “l’autre sait mieux que moi”, ou “je ne dois pas déranger”, ou “le conflit est dangereux pour moi”, ou encore “je ne dois pas décevoir”…

Il y a ce que nous désirons faire, et il y a ce que nous osons faire.  En guise de petite conclusion, je dirai que s’entraîner à ressentir en nous les différents sentiments, émotions que nous sommes amenés à vivre est une première chose à faire pour aller à la rencontre de notre propre autorité.  Cela va nous guider vers nos besoins et nous aider à les considérer comme “honorables”.  Une fois que nous sommes au contact avec nos désirs, nos envies, nos besoins, une fois que nous sommes d’accord de les considérer avec attention et légitimité, il nous faut apprendre à leur donner une place réelle et conséquente au milieu des autres formes d’autorité qui nous entourent.  Vous constaterez alors qu’on apprécie que peu cela.  En effet, nous sommes habitués à “ne pas faire de vague”, à ne pas déranger.  Or, manifester notre autorité légitime, sans pour autant porter préjudice à l’autre, c’est aller contre des façons de faire, non dites, qui ont tendance à nous formater en consommateurs silencieux et bien obéissants.  Un rapide exemple.

Combien de fois n’entendons-nous pas dans un amphi : « Comme vous le savez sûrement… » ?  Et très souvent, non, justement, nous ne savons pas.  Allons-nous le dire devant autant d’élèves ?  Ou encore, après un repas décevant dans un restaurant, allez-nous dire au patron ou au serveur que nous sommes décus ?  Et alors qu’un de nos parents nous donne un conseil, allez-nous dire que nous ne sommes pas d’accord ?

Manifester sa propre autorité, ne pas se laisser manipuler, ça dérange.  Le prix à payer, c’est de donner l’impression de couper les cheveux en quatre, de nous arrêter trop sur la forme, et soit disant de ne pas nous intéresser sur l’idée de fond que la personne voulait exprimer.

Dernier petit exemple pour la route : Un couple.  Madame vient de raccrocher le téléphone, elle vient d’avoir sa mère au bout du fil.  Elle va voir son homme et lui dit : “Tu sais quoi ?  Maman m’a dit que j’avais de la chance d’être avec toi.” Monsieur de dire : “Et tu as dit quoi ?”.  Qu’elle avait raison” répond t-elle.  Manifestement, elle dit ainsi à son homme qu’elle se sent bien avec lui.  C’est un message d’amour que Madame est en train de relater.  Se rend t-elle compte qu’accepter de dire qu’elle a effectivement de la chance de vivre avec son Monsieur, c’est en même temps ne reconnaître chez elle aucun mérite, ni aucun acte de volonté, de décision pour en arriver à vivre avec celui qu’elle aime ?  Non.  Et pourtant, c’est bien ce que cette phrase dit.  C’est quelque part ce que sa maman lui dit.  Je coupe les cheveux en quatre, me direz-vous ?  Les mots portent leur énergie, même si on les utilise de manière inadéquate.  J’aurai aimé entendre la Madame dire à sa mère : “Je ne suis pas d’accord avec toi, Maman.  Je pense que lui et moi avons fait ce qu’il fallait pour vivre notre bonheur à deux.”  Cela n’aurait rien enlevé à la qualité de la relation entre la mère et sa fille, mais cela aurait permis à Madame d’exprimer son autorité.

Je vous invite donc à vous exprimer ici sur ce sujet à travers vos commentaires ou réflexions.